Travailler en 2030 (matinée LAB Institut Esprit Service)

Photo non truquée d’une rencontre improbable ! Hacker spirit au MEDEF ?!

 

Pourquoi 2030 ? Pour Alain Thibault (IES), l’innovation se compte en multiples de 3, avec autant de règles clé : avoir une vision à 30 ans, s’inspirer des entreprises de moins de 30 personnes, et des jeunes de moins de 30 ans. Zut, même aux yeux du MEDEF je suis déjà presque dépassée. Comme dit l’adage, si à 30 ans t’as pas créé ta start-up…

C’est par contre ce qu’ont fait les « dirigeants nouvelle vague » invités en table ronde. Certains disent que l’entrepreneuriat s’est imposé à eux. Face au pessimisme ambiant, une tournure d’esprit qui leur fait voir partout des opportunités plutôt que des problèmes. Evidemment, cela fait rêver « ceux qui auront 30 ans en 2030 » – plus précisément 60% d’entre eux, même si seulement 3% sautent le pas. Mais derrière les valeurs « fun & serious », d’épanouissement et de liberté annoncées, les lunettes des start-upers sont-elles vraiment si roses ? Think Pink, vraiment ?

Think Pink ! est une scène de la comédie musicale Funny face (1957) où la rédactrice en chef surpuissante Maggie Prescott (le personnage s’inspire de la légendaire Diana Vreeland) décide que « Pink is the new color ». Extrait :

MEN [painters, with NYC accents]
Think pink! Think pink, it’s the latest word, you know.
Think pink! Think pink and you’re Michelangelo.
WOMEN
Feels so gay, feels so bright.
Makes you day, makes you night.
Pink is now the colour to which you gotta switch!

Voir la lecture qu’en fait Guy Lecerf (2012), comme hymne au penser-design pragmatique et moderne, associé au monde du marketing et des tendances qui émerge à l’après-guerre. « Think pink et tu dois être libre, tu penses être libre ou tout du moins tu simules la liberté. »

Lecerf, G. (2012). Think pink : couleur, design et chaos. Les jeux de l’art et du chaos. Bruxelles, EME.

Le sociologue Jean-Samuel Beuscart (Orange Labs) pointe les conditions de possibilité limitées de cet état d’entreprise, difficilement scalable dans le contexte actuel. Il insiste aussi sur la loyauté nécessaire en ce Deuxième Âge de la machine empli de bots et de plateformes.

Dans l’ouvrage éponyme, deux chercheurs du MIT étudient la numérisation généralisée et exponentielle de notre société. Ils examinent en particulier le point aveugle de la création de valeur :

« Ce qui nous importe de plus en plus aujourd’hui dans le Deuxième Âge de la machine sont les idées, pas les choses, l’esprit, pas la matière, les bits, pas les atomes, et les interactions plus que les transactions. La grande ironie est que nous avons moins conscience de nos sources de valeurs de notre économie qu’il y a cinquante ans. »

Brynjolfsson et McAfee identifient ainsi quatre types de biens immatériels que les métriques actuelles ignorent :

– la propriété intellectuelle (brevets, droits d’auteurs mais aussi richesses produites en R&D)

– le capital organisationnel (nouveaux process, techniques ou business models)

– les contenus générés par les utilisateurs (les consommateurs deviennent contributeurs)

– le capital humain (qui reprend de la valeur lorsque les tâches mécaniques s’automatisent)

Mais le Deuxième Âge de la machine porte en lui une dualité constitutive entre une abondance et des inégalités qui s’accroissent. Comme le dit une boutade « l’économie numérique ne connaît que deux chiffres, le zéro et l’infini ». Que faire alors pour que l’utopie d’une poignée de milliardaires ne devienne le cauchemar de milliard de personnes privées de leur emploi ? Ne prônant ni retour en arrière ni décroissance, les auteurs proposent une vision dynamique du futur combinant la machine et l’humain – supérieur pour les approches multitâches. Cela implique une refonte des systèmes éducatifs et économiques, qui devront mettre en avant ce qui constitue la force de l’homme sur la machine : la créativité. « Avoir des idées, des concepts neufs, c’est ce que ne peut pas faire un ordinateur, si puissant et suréquipé soit-il. »

Brynjolfsson, E. & McAfee, A. (2015). Le Deuxième Âge de la machine. Paris, Odile Jacob.

Puisque nous sommes responsables de paramétrer les machines, il nous revient d’en faire des outils d’empowerment et pas d’aliénation de l’humain. C’est de ce besoin d’humanisme que nous avons discuté en groupe de travail. Apprendre à apprendre tout au long de la vie, délinéariser les parcours et la notion de compétences, valoriser les contributions à la société plutôt que le travail… et surtout, puisque les solutions du passé ne serviront pas à penser le futur, et qu’aucune n’est universelle, la liberté d’expérimenter nous a paru clé pour développer notre résilience collective.

Quelques idées ont émergé, qui pourront peut-être inspirer le monde du travail demain – sans attendre 2030 !

– instaurer en entreprise une demi-journée de « contribution sociale » dans son écosystème (question corollaire : comment repenser la mesure de compétitivité ?)

– développer des programmes de type « vis mon job » pour développer l’empathie et la conscience que l’on tient des rôles, plus des métiers (même question corollaire)

– encourager les approches alternatives de l’éducation (dont l’apprenance intergénérationnelle, et l’apprentissage de valeurs humaines) (question corollaire : comment éviter l’effet microcosme, se garantir une base commune pour pouvoir interagir ?)

– nourrir le management et l’esprit collectif en entreprise par plus de learning expeditions inspirantes (question corollaire : comment construire des visions partagées, « virales » plutôt que descendantes ?)

– récompenser la prise de risque, quelle que soit son issue, pour libérer la prise d’initiatives (question corollaire : comment décider vite, tout en prenant le temps du recul pour apprendre de ses erreurs ?)

– utiliser les outils numériques, notamment réseaux sociaux, comme articulations à la rencontre physique (question corollaire : distinguer l’outil des façons d’interagir)

– demain, se penser tous freelances, même au sein de grandes entreprises (question corollaire : comment balancer liberté, partage et sécurité ?)

 

Le 20 juin aura lieu une journée de colloque dédiée au même thème Travailler en 2030 (avec le sous-titre « Bonjour Mister Robot », que je trouve particulièrement peu éloquent… Parle t-on du hacker, du robot gadget ou de celui qui aura d’ici là peut-être conquis sa singularité ?). Mais bref, RDV au MEDEF pour ceux qui l’osent 😉

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