Design politique x Manifesto

Regard croisé sur deux journées d’échanges stimulants
Journée d’études doctorales Design & politique – 24 mars 2015, Université de Strasbourg
Lancement du Manifesto FDE – 26 mars 2015, France Design Education

Derrière les maître-mots “politique”, “éthique” ou “responsabilité”, il me semble que c’est surtout la notion d’identité collective qui à chaque fois a été questionnée. Le design est inséparable d’un contexte spatio-temporel. Ici et maintenant, mais aussi avec/pour ailleurs et les autres… chaque pratique est ancrée dans un maillage de tensions – ce qui pourrait donner une image ambivalente du rôle des designers. Daniel Payot (philosophe) défend cette ambivalence qui n’est ni hésitation ni hypocrisie, mais ambigüité constitutive avisée, en phase avec la réalité des choses. Le design est une ruse pour faire advenir du possible là ou la réalité semblait l’empêcher.
Tension d’abord entre local et global, ou entre singularité et universel. Comment se rassembler derrière des valeurs communes sans imposer un mode de pensée ? Comment créer pour la collectivité sans imposer un mode de vie ? Trouver un juste milieu entre consensus et diversité est la première problématique à toute entreprise de définition d’une identité commune…
Tension aussi entre passé et futur, entre héritage et innovation. Jean-Louis Fréchin (nodesign) enjoint à avoir une approche plus culturelle que patrimoniale de l’histoire. En effet, savoir d’où l’on vient ne dicte pas où l’on va – seulement peut-être pourquoi et comment l’on y va ? Mais chacun développe son chemin, son identité singulière. L’idée d’une identité collective (un “design by France”, une éthique pour le design) est donc un terreau fertile qu’il appartient à chacun de cultiver à son gré.
En bref, le design n’est rien d’autre qu’un élément de culture – convergence entre aspirations individuelles et collectives, entre conservation et projection dans l’avenir. Praticiens, penseurs, étudiants ou “simples” usagers, il nous représente à la fois dans nos existences singulières et dans nos vies partagées.

L’étranger en moi

Notes sur l’impossible entreprise de construction d’une identité
après la conférence « Barbare, métèque, étranger » par Paul Ballanfat – philosophe, Université de Galatasaray pour l’association Apprentis philosophes

Définir une identité c’est tracer des frontières. Par une double opération, on se définit par la positive, en affirmant ce que l’on est ; mais aussi par la négative, en excluant de ce que l’on n’est pas. Une telle catégorisation revient à faire de l’identité une propriété délimitée. Pour définir le propre, on sacrifie l’inconnu, l’indéfini, le ‘sale’ – l’étranger.
Mais plus l’on cherche à le rejeter, plus son absence n’est-elle pas sensible, comme la douleur d’un membre fantôme ? Ne se voile t-on pas la face en refusant la part d’étranger qui habite au cœur même de toute société, de tout individu ? L’étranger est ce point aveugle qui déstabilise la raison, de l’intérieur.
La notion d’identité est donc intrinsèquement viciée. Il est vain de s’accrocher à une telle ambition totalisante. Mais par quoi remplacer ce concept devenu inopérant ?

Pourquoi ne pas remplacer l’appropriation par l’expérience ? La seule identité possible serait alors ce que l’on habite et ce qui nous habite avant d’être soumis à catégorisation, avant que l’on en ait tracé les contours. Le « unheimlich » de Kant, là où l’on n’est pas chez soi.
Pour Paul Ballanfat, l’histoire de la philosophie est celle d’un exil. Certains cherchent le retour chez soi, mais d’autres acceptent la part d’inconnu de ‘là-bas’. La pensée philosophique commence avec l’étonnement, un sentiment d’étrangeté devant les choses, qui n’a pas vocation à être maîtrisé mais au contraire renforcé. Il est la raison d’être de la philosophie.
N’est-ce pas aussi l’essence d’une pratique du design ? Quand on se sent chez soi, en terrain maîtrisé, que l’on cesse de se confronter à l’inconnu, est-on encore un créateur ?
A l’inverse, il me semble que c’est de l’acceptation de ce fameux point aveugle que nous puisons force et moyens d’action. Vivons avec et faisons l’expérience de cet étranger qui est à la fois en nous et autour de nous.

Esprit critique – créativité

Jeudi 20 novembre, UNESCO, Paris, Journée mondiale de la philosophie. Je profite de cette note pour applaudir l’action de Philolab, association organisatrice, entre autres, de ces rencontres annuelles sur les nouvelles pratiques philosophiques.

Je reviens ici sur la table ronde sur le thème de l’innovation qui a rassemblé Stéphane Vial (maître de conférences à l’Université de Nîmes), Michel Richard (président de l’institut de géo-politique de Poitiers), Jacky Denieul (conseiller Créativité & territoires en Poitou-Charentes), et Claire De Chessé (animatrice Philolab).

Les intervenants ont chacun cherché à clarifier les notions de philosophie pragmatique ou appliquée, de design et d’aménagement du territoire. Mais, ancrés chacun dans un contexte disciplinaire et idéologique, les discours ont eu du mal à se croiser. Une démonstration par l’exemple que, si la nécessité de penser l’innovation et le design est reconnue par tous, la mise en action effective de l’interdisciplinarité n’est pas acquise…
Puis, poussés par certains auditeurs de la salle, les échanges ont finalement décollé dans l’examen du couple esprit critique – créativité.

Certes, tous deux sont facteurs d’innovation. Mais l’esprit critique inspire t-il la créativité ? Ou inversement la créativité favorise t-elle l’esprit critique ? Les deux bien sûr, mais avec une différence d’accentuation.
L’esprit critique est un constat d’insatisfaction qui se fonde sur l’existant, alors que la créativité est une action de rupture orientée vers l’avenir. Méfiance vs confiance, passé vs futur, voilà ce qui se joue dans ce couple dialectique. Mais plutôt que d’envisager esprit critique et créativité dans une continuité, n’est-il pas plus intéressant de les interroger sans cesse l’un au regard de l’autre ?
Faire exercice de pensée critique en faisant l’effort de se projeter dans un possible. Se montrer créatif sans mépriser ce qui a été fait avant, ailleurs, par d’autres. C’est ainsi que, philosophe comme designer, on réalise un acte de pensée. Il ne s’agit ni plus ni moins que de parti-pris, ancrage nécessaire à tout projet de design.

Je développerai dans un article spécifique ce rôle politique de la pensée en action, car le sujet est brûlant tant pour les penseurs que pour les praticiens (encore plus pour ceux qui slaloment entre les deux !). En attendant, n’hésitez pas à partager vos points de vue, en particulier si vous avez assisté à la table ronde.

Journée d’étude Design en recherche

Le 2 octobre a eu lieu la première journée d’étude organisée par le réseau Design en recherche, à l’ENSCI (Paris).
Nous avons abordé, à travers 2 tables rondes et un workshop encadré par Alain Findeli, parrain de l’évènement, le sujet des méthodes de recherche en design. Les construire, les emprunter, les rédiger, les appliquer à la pratique… ?
Une journée inspirante, dont vous pouvez retrouver en ligne le compte-rendu et l’album photo.

A très bientôt pour la prochaine journée d’étude de notre réseau, sur la thématique du projet.

Salon Midinnov 2013

Le 31 janvier se tenait à Toulouse de salon Midinnov pour l’innovation, organisé par MPI (Midi-Pyrénées Innovation)

Au programme, des exposants industriels de la région et une journée de conférences animée par Jean-Louis Fréchin. J’ai eu la chance d’ouvrir la journée avec une brève introduction aux enjeux du design. Les étudiants de l’IUP Arts Appliqués présentaient l’exposition “Design et lieux communs” que je les ai aidés à coordonner (photo).

Une journée dense et stimulante, en toute simplicité. J’ai été positivement surprise par les témoignages de gérants de PME qui plébiscitent une relation de confiance avec leurs partenaires designers. L’arbitrage de J-L Fréchin, tout en finesse, a réussi à relier les notions d’envie, de design et d’innovation.

« Pour changer la société il faut changer les hommes, et pour changer les hommes il faut leur donner envie ! » Albert Einstein

Déroulé de ma présentation Dessein, dessin, design ? disponible sur Slideshare