Etre ou ne pas être [parfait]…

Le Monde publie aujourd’hui un article ‘Le design à la recherche de l’imperfection’ à partir de l’exposition Imparfait (boutique Merci, Paris), et m’interroge sur la variation dans le design.

Jusqu’où l’unicité donne t-elle valeur à l’objet, à partir de quel moment la considère t-on comme défaut ? En travaillant pour le monde du luxe je me suis souvent interrogée sur cette subtile limite. Et, en disciple du wabi-sabi, je suis convaincue que les objets porteurs de variations nous engagent de manière plus sensible et intime.

Outre l’article du Monde, j’avais écrit sur ce sujet pour La Revue du Design ‘Le futur de l’imparfait’. En y réfléchissant à nouveau aujourd’hui, je réalise que la question devient de plus en plus viscérale. A l’heure de l’humain augmenté, qui allierait le meilleur des deux mondes biologique et technologique, que faire de notre part de simples mortels ? L’exprimer en toute modestie, la revendiquer, la cacher comme une gêne, voire la combattre ?

Il me semble que les tendances visibles dans le design sont révélatrices de telles postures plus globales. L’artisanat peut sublimer le geste humain, comme se perdre dans la reproduction en série. L’industrie, par ruse ou accident, peut faire naître de la poésie (je ne serais pas designer si je ne le pensais pas). Quant à la néo-industrie, celle de l’impression 3 ou 4D, des algorithmes et de l’intelligence artificielle, nul doute qu’elle ne puisse être aussi ambivalente.

Et, comme ébauché dans l’article du Monde, je suis très excitée par cette introduction du chaotique dans les machines. Alors, la part de l’intention et de l’aléatoire s’hybrident – mais n’est-ce pas déjà le cas dans le design, et dans la vie en général ?

 

Et le Canard Enchaîné se moque… Au fait, c’était “modeste”, pas “moderne”. Comme quoi on est tous adeptes de l’imperfection 😉 !

2 Responses to “Etre ou ne pas être [parfait]…”

  1. Johann

    Un petit article en complément à propos du “generative design” : http://bit.ly/2kN1P5w L’aléatoire rendrait-il meilleur service à l’usager ?…

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    • yume

      Merci pour le lien. Je pense aussi qu’un champ énorme s’ouvre avec le design génératif. Mais, dans l’angle abordé par l’article, il me semble que l’aléatoire est plutôt utilisé pour obtenir du “plus-que-parfait” ! Les algorithmes déploient un éventail au sein duquel le designer vient choisir le “meilleur”. Super quand il s’agit d’optimiser, d’améliorer, de réduire les risques… bref pour de l’incrémental. Je veux croire que le fameux designerly way of thinking ne se limite pas à ça. Comprendre les émotions des autres, leurs rêves, vivre des expériences qui dépassent l’usage d’instruments… c’est une affaire d’humains, pas de computation.
      Je pense que les algorithmes ne sont que les machines-outils d’aujourd’hui. On peut se contenter de les utiliser comme des boîtes noires, ou on peut les plier (Deleuze ;-), les modeler, les détourner… bref, se comporter en designer pour faire advenir de l’humain – donc de l’imparfait !

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