Table ronde ‘Docteurs et après ?’

Les chercheurs en design investissent la Gaîté Lyrique dans le cadre du cycle ‘Recherches à découvert’

Design en Recherche, le réseau des doctorants et jeunes chercheurs en design, organisait jeudi 14 mars 2019 à la Gaîté Lyrique une table ronde dédiée à l’après-doctorat. J’ai eu le plaisir de participer à ce panel aux côtés d’autres alumni de l’association. Nos échanges ont traité des débouchés possibles de la thèse en design, en comparant nos expériences respectives (datant déjà de quelques années…) et les perspectives ouvertes aujourd’hui à l’échelle française comme internationale. Un compte-rendu de la discussion devrait être disponible bientôt, et d’autres événements prochainement organisés. Merci à l’association Design en Recherche d’oeuvrer ainsi à l’émulation entre jeunes (et plus si jeunes !) chercheurs en design. Ci-dessous quelques détails sur les participants :

Estelle Berger a poursuivi sa thèse de doctorat en design intitulée « Poïétique du design, entre l’expérience et le discours » au sein de l’équipe SEPPIA du laboratoire LARA de l’université Toulouse Jean Jaurès. Elle obtient son doctorat en 2014. Elle est aujourd’hui enseignante – chercheure à Strate Ecole de design au sein du laboratoire Strate Research (Recherche en Design & Innovation). Sa recherche s’attache à la pratique réflexive du design et ses implications éthiques, en particulier dans le domaine de l’Expérience Design et du Design Management. En tant que designer-chercheure au sein du laboratoire de recherche interdisciplinaire Exalt (valorisation du design en entreprise et création de valeur par l’expérience), elle co-dirige 2 thèses CIFRE menées chez OTIS et Emakina (avec Telecom ParisTech).

Apolline Le Gall a réalisé sa thèse de doctorat à la croisée des Sciences de Gestion, de la Sociologie et du Design intitulée « Les épreuves de valuation dans le design de services innovants : le rôle des représentations visuelles » (Université Grenoble – Alpes x ENSCI – Les Ateliers). Elle obtient son doctorat en 2015. Aujourd’hui enseignante et chercheuse à l’Université Grenoble – Alpes, ses recherches se sont depuis portées sur le rôle et les effets du design dans des dispositifs de formation à l’innovation par ou avec le design, le design des organisations, le design du droit (legal design), la représentation et la modélisation de modèles économiques et visions stratégiques.

Pierrick Thébault a mené sa thèse de doctorat en design « La conception à l’ère de l’Internet des Objets : modèles et principes pour le design de produits aux fonctions augmentées par des applications. » au sein d’une équipe pluridisciplinaire des Bell Labs avec le centre de recherche d’Alcatel – Lucent, en collaboration avec les Arts et Métiers ParisTech et l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Métiers. Il obtient son doctorat en 2013. Il dirige aujourd’hui les pôles UX / UI et Direction Artistique du moteur et de la marque Qwant dont il pilote la refonte. En parallèle de ses activités de design il a également travaillé comme blogueur professionnel et journaliste pour des sites web et magazines, où il écrit sur la convergence des arts et technologies ainsi que la culture du jeu vidéo.

Émile De Visscher a poursuivi sa thèse de doctorat « Manufactures Technophaniques : une recherche par le design pour explorer les liens entre régimes technique, esthétique et symbolique dans les procédés de fabrication, stimulant une compréhension et participation collective » au sein du programme SACRe, préparé à EnsadLab, le laboratoire de l’EnsAD / PSL. Il obtient son doctorat en 2018. Ingénieur, designer et chercheur en design, son travail plastique a régulièrement été exposé. Il se concentre aujourd’hui sur les systèmes de fabrication à petite échelle et plus généralement sur notre rapport à la production et à la consommation. Il dirige en parallèle Obliquite, une revue indépendante de design qui donne la parole à la jeune génération.

Séminaire Créativité & Travail (et un peu de design dans tout ça)

Qu’entend-on par créativité au travail aujourd’hui ? Pour les industries culturelles et créatives, elle constitue le cœur même de l’activité. Pour l’entreprise hors du champ culturel, elle est de plus en plus sollicitée pour ré-enchanter le monde professionnel et tenter d’atténuer ses impacts négatifs sur l’individu. On y constate une rhétorique de séduction et une logique de captation issues du monde artistique dans l’appropriation de termes tels que créativité, talent, artiste, génie… La créativité serait-elle la réponse à la crise que traversent les sociétés et le monde du travail ?

J’ai été ravie de présenter un point de vue « de designer » à la 2e séance du séminaire Travail & créativité organisé par le Labex ICCA (1) à la MSH Paris Nord (2).

Avec nos collègues des SIC et des sciences de gestion, autant pétris d’interdisciplinarité que les designers, nous avons discuté des méthodes et valeurs portées par la créativité. Surtout de leur difficile transfert dans les routines organisationnelles. L’intervention par exemple du design thinking vise à redonner une voix à l’usager er à révéler une part de créativité latente en entreprise (3). Mais comment capitaliser sur l’énergie du moment et la transformer en « livrables » ? Au-delà de tout contenu, la dynamique collective créée est essentielle (4). Quant au designer, je crois qu’il peut jouer un triple rôle :

  • de tradution. Le designer reste un « généraliste au service de spécialistes », capable de s’adapter et de médier les langages des autres
  • de mise en forme. La dimension esthétique de son expertise lui permet d’incarner les idées, de créer des outils et représentations tangibles
  • de ralentissement. Avec son regard distancié, le designer cherche à maintenir des ouvertures dans le projet.

D’où la nécessité de faire évoluer les critères de jugement des projets, au-delà de résultats opérationnels court-termistes (5).

Le modèle des communautés de développeurs, où la régulation pair à pair laisse une place à la controverse dans la construction d’expertise, pourrait offrir un modèle inspirant (6).

Nous ressortons de cette discussion beaucoup de matière à penser, mais convergeant sur un point : la créativité n’est qu’une première étape vers la transformation impactant structures, process et cultures d’entreprises. Il ne s’agit pas seulement de voir les choses autrement (créativité) mais d’engager une éthique dans la durée : c’est ainsi que s’incarne l’ « hétéronomie critique » du designer (d’après cette formule de Marie-Haude Caraës que j’aime beaucoup).

Merci à l’équipe organisatrice du séminaire (en particulier Yanita Andonova, LabSIC, Univ. Paris 13), et aux collègues participants à ces échanges. RDV le 17 mars pour les poursuivre.

 

(1) Industries Culturelles et Création Artistique, Univ. Paris 13

(2) Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord

(3) Mario Le Glatin, Mines ParisTech

(4) Edouard Le Maréchal, CréaFrance

(5) Emmanuelle Savignac, CERLIS, Univ. Paris 3

(6) Paris Chrysos, Mines ParisTech

Retour sur la Journée d’étude Design, innovation sociale & vie publique

La journée d’étude Design, innovation sociale & vie publique* souhaitait interroger les postures de designers impliqués dans le « vivre ensemble », qu’il s’agisse de politiques publiques, de design social ou pour l’innovation sociale, dans un cadre de commande ou d’action spontanée. Une large participation nous a démontré l’intérêt que les communautés de recherche ET de pratique portent aux discours éthiques de designers.

Le matin, sept intervenants ont partagé éléments théoriques, points de vue et retours d’expériences. S’il y a eu consensus pour reconnaître que toute pratique est forcément engagée socialement voire politiquement, la subtilité consiste à qualifier cet engagement. Est-il une lutte, et si oui contre qu(o)i ? Ou au contraire, revendique t-il la fiction, le droit de raconter des histoires ? Est-il d’ordre professionnel ou simplement citoyen ? Voire philosophique ? Comment les idées s’incarnent-elles dans les actions ? C’est autour de ces interrogations d’ordre ontologique que se sont cristallisées les discussions.

L’après-midi, le travail en atelier à partir d’exemples s’est orienté vers des problématiques plus concrètes. Avant de se demander si et comment il peut/doit changer le monde, la première responsabilité du designer est de savoir s’y positionner de manière pertinente. Pour pouvoir transformer un contexte, il faut d’abord le comprendre. Cela passe par l’observation et le décryptage outillé des enjeux et des relations dynamiques entre acteurs directs et indirects ; avant, pendant et après le projet de design – car les rétroactions et effets collatéraux sont permanents.

En tant qu’organisatrices de la journée, nous sommes satisfaites que les outils de modélisation proposés aient ainsi focalisé l’attention sur les champs de force dans lesquels évolue le designer. Nous retirons plusieurs pistes d’amélioration pour délinéariser ces outils, et ainsi prendre mieux en compte les interconnexions temporelles et relationnelles.

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* 7e journée d’étude du fabuleux réseau Design en recherche, co-organisée avec @e_mln_e, le 15 septembre dernier

Insights from the Design Society 9th SIG Design Theory Workshop

logoSIG

The latest Design Society SIG Design Theory Workshop held two weeks ago in Paris. I only could attend one day, but have been quite impressed by the papers presented. A few insights* :

Anne-Françoise Schmid & Eswaran Subrahmanian presented an interdisciplinary research centre for productive biology, involving Carnegie Mellon University (USA) and INRA (France). Through this experiment, the team develops a “Non standard Design philosophy”. Their in-progress diamond-shaped diagram shows a matrix structure (primitives) and dynamic tensions (vectors for integration).

Mary Lou Maher (UNC Charlotte, USA) addressed the topic “Reasoning in the absence of goals”. She stressed on the difference between search and exploration, encouraging designers to shift from a predefined goal to intermediate steps, abstract structures for thinking. Curiosity, a behaviour that reduces novelty through exploration and learning, is the trigger to this attitude.

Georges Fadel (Clemson University, USA) views design as a science of complexity, aiming to create affordances rather than functions. While functions are one-way transformative processes, abstract and generic, affordances fall into perceptual psychology. They consider the complex designer/artefact/user/environment system. Affordances are –abilities, a matter of perception, concrete relation, relative to individuals. An insight for experience design ?

* I just realize quoting only American speakers… though unbiased !

Parution Conception & politique (Poïétiques du design 3)

Il vient de paraître ! L’ouvrage qui fait suite à la journée d’études internationales Design & politique à l’Université de Strasbourg.

Ma contribution “Le designer, un praticien politique mais pas politicien” milite pour une éthique dans la pratique – sujet qui me tient plus que jamais à coeur… A l’heure où le design cherche à faire science, il ne faudrait pas se dispenser de cultiver aussi sa conscience.

Ce n’est pas pour faire ma propre promotion*, mais la diversité et la richesse des contributions, parfois enflammées, m’incite à vous recommander chaudement la lecture de ce recueil !

 

POÏÉTIQUES DU DESIGN, Conception et politique
Sous la direction de Gwenaëlle Bertrand et Maxime Favard
L’Harmattan

* De toute façon nous ne touchons pas de royalties !

 

poietiques